La Brillante interview – #4

Kyoko Garabedian.

Ou comment une artiste apprend à se faire confiance.

P O R T R A I T

Kyoko est une artiste japonaise résidant à Paris.

Ses peintures sont des abstractions minimalistes, car elle privilégie avant tout la simplicité et la pureté. À travers son travail, elle aspire à exprimer la beauté de l’imperfection et de l’impermanence, pour créer l’harmonie.
Ancrée dans la culture parisienne mais portée par son héritage japonais, son travail est traversé par l’esthétique du wabi-sabi et la philosophie zen.

Quand Kyoko commence à peindre, elle crée des images mentales, souvent inspirées par la nature, la lumière et la musique. Elle peint ensuite de manière instinctive et délicate. Parfois, le résultat diffère de ce qu’elle avait initialement imaginé, mais elle accepte ces petites divergences et pratique le lâcher-prise.

Ces moments d’imprévu peuvent aussi révéler des surprises intéressantes. Lorsque cela se produit, cela donne naissance à des émotions intenses, telles que la joie, la spontanéité et la sérénité.

C’est alors, pour elle, une petite réussite, et elle espère pouvoir partager ces émotions à travers ses œuvres.


L’ I N T E R V I E W

Si tu devais me raconter le moment où tout a commencé, ce serait lequel ?

Kyoko : C’était un concours d’affiches pour un grand magasin en bord de mer, au Japon. Je n’ai pas remporté le premier prix, mais j’ai reçu le prix de popularité, décerné par le public. Ce vote a été un véritable déclic : réaliser que ma peinture pouvait toucher les gens m’a donné la confiance nécessaire
pour envisager sérieusement une voie artistique.
Pour ce concours, j’avais peint des vagues et un jet d’eau surgissant de la mer, une œuvre abstraite sans que j’en aie pleinement conscience. Spontanée et intuitive, cette image était en quelque sorte prémonitoire : même si je suis ensuite devenue illustratrice, ce premier geste annonçait déjà mon futur engagement dans l’abstraction.


Ou as tu trouvé l’élan pour te lancer ?

Kyoko : C’est un besoin profond de liberté qui m’a poussée à changer. Après des années d’illustration, à répondre à des commandes et à des thèmes imposés, j’ai ressenti l’élan d’un espace plus personnel où je pourrais exprimer mes émotions sans cadre prédéfini. L’image de ma première peinture abstraite, Les vagues, est toujours restée en moi.
Elle a fini par me servir de guide : elle portait déjà, sans que je le sache, le désir de créer autrement. C’est ainsi que j’ai ouvert un nouveau chapitre, en me tournant vers un langage pictural qui me ressemble vraiment : l’art abstrait.


Qu’as-tu dû laisser derrière toi pour avancer ?

Kyoko : J’avance avec la technique et l’expérience que mon parcours m’a apportées. Mais s’il y a quelque chose dont j’ai dû me détacher, c’est le perfectionnisme. En tant qu’illustratrice, je cherchais toujours à produire un dessin impeccable, sans effort apparent, et parfaitement adapté aux attentes du client.
Aujourd’hui, peindre pour moi signifie accepter l’inattendu. Ne plus vouloir tout
contrôler, ni viser une perfection qui, au fond, m’a toujours semblé un peu
ennuyeuse. Ce sont les accidents, les irrégularités et les imprévus qui donnent leur caractère aux œuvres, comme dans la vie.


Tu peux nous partager une de tes inspirations ?

Kyoko : Une phrase de Tadao Andô, l’architecte japonais dont j’admire profondément le travail : « Je ne crois pas que l’architecture doive trop parler. Elle doit rester silencieuse et laisser la nature s’exprimer sous la forme de la lumière du soleil et du vent ».
Ces mots m’ont touchée au point de devenir un déclencheur. Ils ont éveillé en moi l’envie de créer à partir de cette même philosophie : une œuvre silencieuse, simple et profondément connectée à la nature.
Dans ce monde, l’approche d’Andô, en dialogue constant avec la lumière, l’air et les éléments, offre une vision poétique et responsable.
C’est exactement ce que j’essaie d’exprimer dans ma propre démarche : une beauté épurée, discrète, en harmonie avec ce qui nous entoure.

Quel risque as tu accepté de prendre ?

Kyoko : Le plus grand risque a été d’accepter de créer quelque chose qui n’existe pas encore. C’est à la fois difficile… et profondément fascinant.
Il y a des jours où je me sens submergée par le doute, où je me demande si ce que je fais est « assez bien ». L’art est tellement subjectif, et je sais que tout le monde ne sera pas sensible à mon univers.
Prendre ce risque, c’est accepter cette vulnérabilité. C’est une petite bataille
quotidienne pour garder confiance en moi et continuer à avancer malgré l’incertitude.

Tu as mieux compris des choses sur toi du coup ?

Kyoko : Ce passage m’a révélé que, même si je ne suis pas d’un tempérament audacieux, le changement ne m’effraie pas. Au contraire, j’ai besoin de nouveauté pour avancer, tout en restant fidèle à mon univers. Je n’aime pas rester figée : évoluer, expérimenter, accueillir ce qui vient fait partie de moi.
Cela m’a aussi appris à accepter l’impermanence et à lâcher prise, pas à pas, une manière d’être plus en accord avec moi-même et avec ma démarche artistique.


Et si tu devais changer quelque chose ce serait quoi ?

Kyoko : Honnêtement, je ne changerais rien. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas de vrais regrets. Chaque étape, même imparfaite, m’a menée là où je suis.
Je veux simplement continuer mon chemin, avec la même sincérité.


Quelles sont tes prochaines étapes Kyoko ?

Kyoko : L’un de mes défis aujourd’hui est de continuer à faire voyager mon travail. Après avoir exposé l’an dernier à la Galerie 27 Concept aux côtés d’artistes talentueux, j’aimerais poursuivre et montrer mes œuvres dans de beaux lieux, à un public toujours plus large.
J’espère que mes peintures pourront offrir à ceux qui les regardent un moment de calme, comme lorsqu’on contemple la mer et que l’on se sent apaisé sans
vraiment savoir pourquoi.


K y o k o G a r a b e d i a n.

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